Tous les couples traversent des désaccords. Un conflit n'est pas le signe qu'une relation est toxique.
La véritable question est plutôt : Que se passe-t-il après le conflit ?
Dans une relation saine, chacun peut reconnaître sa part de responsabilité, écouter le point de vue de l'autre et chercher une solution.
Dans une relation dysfonctionnelle, le conflit se répète souvent selon le même scénario. Les rôles changent parfois, mais le résultat reste identique : personne ne se sent réellement entendu.
Le psychiatre Stephen Karpman a décrit ce mécanisme sous le nom de triangle dramatique. Il repose sur trois rôles.
1. La victime La victime se sent impuissante. Elle pense : « C'est toujours contre moi. » « Personne ne me comprend. » Elle attend souvent que quelqu'un vienne la sauver ou que la situation change sans se sentir capable d'agir.
2. Le persécuteur Le persécuteur accuse, critique, rabaisse ou cherche un responsable. Il pense : « Tout est de ta faute. » « Si tu étais différent, il n'y aurait pas de problème. » Il a souvent du mal à reconnaître sa propre responsabilité dans le conflit.
3. Le sauveur Le sauveur veut réparer, calmer, porter les difficultés des autres. Il pense : « Laisse, je vais m'en occuper. » « Je dois arranger les choses. » Son intention est souvent généreuse, mais il finit parfois par s'épuiser ou par empêcher l'autre de prendre sa propre responsabilité.
Un exemple Imaginons qu'Émilie dise à son compagnon : « J'ai été blessée quand tu n'as pas répondu à mon message hier soir. »
Dans une relation où le triangle dramatique s'installe, il pourrait répondre : « Tu exagères toujours. C'est toi qui cherches les problèmes. Si tu n'étais pas aussi susceptible, on ne se disputerait jamais. »
À cet instant, le problème n'est plus le message resté sans réponse. Le problème devient... Émilie.
Elle finit par douter : « Peut-être que j'en demande trop. » Puis elle s'excuse alors qu'elle exprimait simplement un ressenti.
Le conflit est terminé en apparence. Mais rien n'a été compris ni réparé. Quelques jours plus tard, une nouvelle dispute éclatera... sur un autre sujet, mais selon le même scénario.
Dans une relation saine La même situation pourrait ressembler à ceci : « Je comprends que tu te sois sentie blessée. Ce n'était pas mon intention. J'étais en réunion et j'aurais pu te prévenir. »
Émilie peut alors répondre : « Merci de me le dire. Je me rends compte que ce retard a réveillé chez moi une peur d'être oubliée. »
Personne n'est parfait. Mais chacun prend sa part de responsabilité. Le conflit devient une occasion de mieux se comprendre plutôt qu'un procès.
Ce qui doit vous alerter Si, à chaque désaccord : — vous finissez systématiquement par vous excuser ; — vos émotions sont minimisées ou tournées en dérision ; — l'autre refuse toujours de reconnaître sa part de responsabilité ; — vous repartez avec le sentiment d'être « trop sensible », « trop exigeant » ou « jamais assez bien » ; alors il est utile de vous interroger sur la dynamique de votre relation.
Une relation saine n'est pas celle où il n'y a jamais de conflits. C'est celle où les deux partenaires acceptent de regarder aussi leur propre fonctionnement.
Car une relation ne peut évoluer que lorsque chacun accepte cette phrase pourtant si simple : « Je n'ai peut-être pas tout vu. Parlons-en. »
Il est parfois difficile de reconnaître que l'on est pris dans ce type de fonctionnement, surtout lorsqu'il se répète depuis longtemps.
La thérapie permet de sortir de ces rôles, de retrouver une communication plus authentique et de reconstruire une relation à soi et aux autres fondée sur la responsabilité, le respect et la sécurité émotionnelle.



